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Comment la MRC se prépare à lutter contre les drones 

Des membres de l’Unité des capacités navales avancées (UCNA) assemblent un système d’aéronef sans équipage modulaire. LE CPL CONOR MUNN

Comment la MRC se prépare à lutter contre les drones 

Par MRC 

Un opérateur tactique maritime de l’UCNA en train de configurer un système déployable anti-UAS. LA CPLC ALANA MORIN

Autrefois considérés comme une nuisance sur le champ de bataille, les drones sont devenus un défi opérationnel important dans la guerre moderne. Leur utilisation généralisée a contraint les organisations militaires à adapter leurs méthodes de combat, en remettant en question les hypothèses concernant le rôle et la capacité de survie des plateformes de grande taille et coûteuses. 

En mer, l’utilisation croissante des systèmes sans équipage redéfinit le contexte de menace. Les conflits récents ont montré comment des technologies relativement peu coûteuses peuvent endommager des biens de grande importance, perturber les opérations et entraîner des changements dans les tactiques navales et la protection de la force. 

« En termes simples, la situation a évolué très rapidement », a déclaré le Capitaine de frégate (Capf) Phillip Durand, l’un des experts de la Marine royale canadienne (MRC) en matière d’opérations maritimes de lutte contre les drones. 

Il mentionne le conflit de 2020 entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie comme un tournant dans la façon dont le monde percevait la menace posée par les drones. 

« L’Azerbaïdjan a utilisé un ensemble diversifié de drones armés, de munitions rôdeuses et d’aéronefs explosifs pilotés à distance, a fait remarquer le Capf Durand. Ils ont dépassé la capacité des défenses aériennes arméniennes, ce qui a permis à l’Azerbaïdjan de prendre le contrôle de l’espace aérien. Ce qui était depuis longtemps une impasse a basculé de manière décisive en l’espace d’environ un mois. » 

« Ce moment a permis de voir les drones comme une révolution dans la guerre moderne. »

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a renforcé cette leçon, et a démontré à quel point des drones peu coûteux pouvaient représenter un défi pour les forces classiques bien plus grandes, tant sur terre qu’en mer. 

« Nous avions prévu que cette évolution pouvait s’étendre à la mer, et c’est ce qui s’est produit, a-t-il ajouté. Nous avons vu des drones de surface utilisés de manière très efficace, en particulier par l’Ukraine, ainsi que l’émergence rapide de systèmes sous-marins sans équipage. » 

En 2024, l’Ukraine a utilisé un navire de surface sans équipage muni d’explosifs pour couler une corvette russe, ce qui illustre l’effet croissant des systèmes maritimes sans équipage sur la guerre navale. 

De tels faits soulignent la rapidité avec laquelle le milieu de menace continue d’évoluer. 

« Même les observations que je communique aujourd’hui pourraient être désuètes dans quelques semaines, parce que la technologie évolue si rapidement », a souligné le Capf Durand. 

Pour la MRC, s’adapter à cette menace veut dire qu’il faut repenser à ses méthodes de détection, de dissuasion et de réaction relativement aux systèmes sans équipage qui mènent leurs activités au-dessus, à la surface et sous la mer. 

Why drones are difficult to counte

Les drones posent des défis considérablement différents de ceux des menaces traditionnelles. Contrairement aux aéronefs ou aux missiles conventionnels, ils peuvent être déployés en grand nombre à une fraction du coût. 

Leur petite taille les rend difficiles à détecter, tandis que leur capacité de fonctionner en grands groupes peut dépasser la capacité des systèmes de défense traditionnels. 

« Nous avons l’habitude de suivre et d’engager de grandes plateformes militaires métalliques, a-t-il expliqué. Les drones sont souvent petits, fabriqués en plastique, en mousse ou en carton, et facilement remplaçables. » 

L’environnement d’opérations se complique encore davantage dans les eaux canadiennes, car distinguer une activité courante d’une véritable menace nécessite une combinaison minutieuse de technologie, d’instruction et de discernement. 

Des opérateurs de drones de l’UCNA pilotent le G15 Sentinel lors de l’opération NUNALIVUT. LE CPL MORGAN LEBLANC

Comment la Marine canadienne s’adapte 

La MRC renforce son approche de lutte contre les drones en s’appuyant sur les capacités existantes plutôt qu’en misant sur une solution unique. 

L’approche de la Marine allie des capteurs, des systèmes de guerre électronique, des mesures de protection de la force, de l’instruction et des technologies émergentes au sein d’une défense en couches conçue pour réagir à un large éventail de menaces. Cette approche en couches permet à la Marine de faire face à une grande variété de scénarios tout en maintenant sa disponibilité opérationnelle face aux menaces plus traditionnelles. 

Cependant, suivre le rythme des changements technologiques reste un défi permanent.

Les nouvelles idées doivent être testées et affinées, mais leur véritable valeur ne se concrétise que lorsqu’elles deviennent des capacités déployables à la disposition de la Flotte. 

Pour le Capf Durand, combler le fossé entre l’expérimentation et la mise en œuvre est l’un des défis les plus importants de la Marine. Si l’itération et l’innovation restent essentielles, il affirme que le succès ne se mesure pas au nombre de prototypes mis au point, mais aux capacités mises à la disposition des marins en fin de compte. 

« Nous produisons souvent des prototypes impressionnants, mais sans voie d’accès à l’approvisionnement. Si nous ne pouvons pas acheter le système, le déployer sur le terrain et le mettre entre les mains des marins, alors nous n’avons pas créé de véritable capacité. » 

À mesure que la technologie continue d’évoluer, le défi de la Marine consistera à veiller à ce que les idées prometteuses passent du stade de concept à celui de capacité. 

Se préparer au champ de bataille de demain

Pour l’avenir, le Capf Durand s’attend à ce que les systèmes sans équipage soient encore plus présents. 

« Nous prévoyons que, dans les quelques prochaines années, l’espace de combat opérationnel sera saturé de systèmes sans équipage, qu’ils soient aériens, de surface ou sous-marins. » 

Se préparer à cet avenir nécessite davantage que de simples nouvelles technologies. 

La MRC adapte ses méthodes d’entraînement, de planification et de fonctionnement pour tenir compte du rôle croissant des systèmes sans équipage dans le domaine maritime. 

« Notre instruction tient compte désormais des systèmes sans équipage tout simplement comme un autre type de menace, avec les aéronefs, les missiles ou les contacts de surface, a expliqué le Capf Durand. Les marins apprennent à les reconnaître, à les classer et à réagir de manière appropriée. » 

Relever ce défi dépend également de la collaboration. 

La MRC travaille en étroite collaboration avec des partenaires de tout le Canada et à l’échelle internationale, y compris des organisations telles que la GRC, Transports Canada et les alliés de l’OTAN, afin de communiquer son expertise et d’élaborer des solutions. 

Le gouvernement du Canada a récemment lancé l’Initiative liée aux drones de la Défense (IDD), un nouveau programme qui accélérera l’élaboration, les essais et la production de systèmes sans équipage et autonomes canadiens. En associant les besoins opérationnels à l’innovation et à l’expertise industrielle canadiennes, cette initiative vise à aider à fournir plus rapidement la prochaine génération de capacités aux FAC et à la Garde côtière canadienne. 

Ces efforts aident à façonner la manière dont le Canada et ses alliés abordent ce défi. 

« Nous comprenons très bien cette menace et nous contribuons à définir la manière dont elle sera traitée à l’échelle internationale. La prochaine étape consiste à traduire la stratégie et les concepts en capacités sur le terrain, afin que nos marins restent à la pointe de la technologie », a-t-il conclu. 

Alors que les drones continuent de transformer l’espace de combat, l’objectif de la MRC reste clair : veiller à ce que les marins disposent des outils, de l’instruction et des capacités dont ils ont besoin pour mener leurs activités en toute sécurité et efficacement dans un milieu de menaces de plus en plus complexe.