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Des familles font leurs derniers adieux à bord du NCSM Sackville

La vue depuis le NCSM Sackville, au large du parc Point Pleasant à Halifax, le 17 septembre.
PHOTO: CNMT

Des familles font leurs derniers adieux à bord du NCSM Sackville

Par Nathan Stone,
L’équipe du Trident 

Les cendres de 12 personnes, dont 11 anciens membres des Forces armées canadiennes, ont été dispersées en mer dans la matinée du 17 septembre depuis le navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Sackville, mémorial naval du Canada.

Le navire a été remorqué jusqu’à l’embouchure du port d’Halifax, face au Mémorial d’Halifax situé dans le parc Point Pleasant, en vue de la cérémonie. 

Sur le pont arrière, l’aumônier du navire, Andrew Cooke, a récité une prière pour chaque inhumation, tandis que les familles lisaient leurs éloges funèbres. Les proches ont ensuite regardé la petite urne contenant les cendres de leur être cher disparaître lentement sous les vagues. 

Parmi les 12 défunts figurait Charles Anthony Goode, fils du capitaine de vaisseau (à la retraite) Anthony Goode, administrateur de longue date du Fonds du Mémorial naval canadien (CNMT). Charles, passionné de surf, est décédé subitement il y a trois ans des suites d’une maladie cardiaque. 

Son père a déclaré que confier les cendres de son fils à la mer était une manière de respecter son amour profond pour l’océan. 

 « Cela permet de tourner la page », a déclaré le capv (à la retraite) Goode à propos de la cérémonie. Il prévoit également que ses propres cendres soient dispersées en mer après son décès.  

« Je ne vois pas de meilleure façon de rendre hommage à ma vie », a-t-il déclaré. 

Doug Jarvis (à gauche) et ses camarades d’équipage à bord du NCSM Brantford en 1944, exhibant leur prise de morue.
PHOTO: SOUMIS

Le capitaine de frégate (à la retraite) Garry Reddy, commandant du NCSM Sackville, a indiqué que le navire organisait des cérémonies d’inhumation en mer depuis 1985. Si certaines ont encore lieu à bord de navires en service de la Marine royale canadienne, c’est le Sackville qui en assure la majorité.

Le capf (à la retraite) Reddy a expliqué que les préparatifs commencent environ deux mois avant chaque cérémonie. Aucune cérémonie d’inhumation en mer n’a eu lieu pendant la pandémie de COVID-19, ce qui a entraîné un arriéré de familles attendant de pouvoir faire leurs adieux à leurs proches. En conséquence, deux cérémonies sont actuellement organisées chaque année. 

De nombreuses familles ont également apporté leur touche personnelle à la cérémonie. Julia Eisen et sa famille étaient présentes pour accompagner leur père, le maître Milton Sammas, dans sa dernière demeure. Avant l’inhumation, la famille a partagé un petit verre de whisky de seigle et en a versé un peu sur le cercueil afin d’offrir à leur père une dernière gorgée de sa boisson préférée. 

Eisen a déclaré que cette cérémonie représentait un « dernier adieu » à son père. 

Kerry Jarvis et son épouse, Melitta Smole, étaient à bord pour accompagner le père de Kerry, Doug Jarvis, lors de ses obsèques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Doug a servi en tant que matelot de 1re classe et opérateur radio à bord d’une corvette de classe Flower, le NCSM Brantford, qui appartenait à la même classe que le Sackville. Jarvis et l’équipage du Brantford patrouillaient le littoral atlantique du Canada, de Terre-Neuve à la baie de Fundy.

Il avait 94 ans lorsqu’il est décédé le 20 octobre 2019. 

En août 2005, Kerry a accompagné son père à Halifax pour visiter le Sackville.

À leur arrivée, Doug a été accueilli à bord du Sackville au son du sifflet de maître d’équipage. Il a passé la matinée à examiner chaque recoin du navire, racontant des anecdotes sur son expérience de radiotélégraphiste et se remémorant ses camarades de bord. 

« Je n’étais qu’une ombre », a déclaré Kerry. 

Avant ce voyage, Doug parlait rarement de son service pendant la guerre, mais il a raconté une anecdote ce jour-là. À la fin de la guerre, il se trouvait à St. John’s, à Terre-Neuve, où il attendait toujours sa solde et ses papiers de démobilisation. Lorsque les provisions à bord du Brantford se sont épuisées, la police militaire l’a fait descendre du navire et l’a mis en prison. 

Le lendemain, un capitaine de passage a pris son cas en main et a réglé la question de ses papiers et de sa solde, ce qui a permis à Doug de prendre un ferry pour la Nouvelle-Écosse, puis un train pour rentrer chez lui à Toronto. 

Kerry conserve encore le télégramme que son père lui avait envoyé pour lui annoncer son retour. 

Kerry a opté pour une cérémonie d’inhumation en mer après s’être entretenu avec un marin à la retraite qui l’a mis en relation avec Reddy. Une lettre envoyée en mai a été traitée rapidement par le bureau de l’aumônier, et une date de cérémonie a été proposée. 

Il a déclaré que son père « ne se serait jamais douté » qu’il prendrait la mer à bord de la dernière corvette de classe Flower encore en service. Le lien entre Doug, Kerry et le Sackville a fait de cette expérience « un moment vraiment exceptionnel ».